Chronique des écoles et des livres : Les livres et la lecture avant même l’école

par Bombarde Info
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Par Marc Exavier

C’est sur Facebook que j’ai lu ces propos du célèbre écrivain anglais Graham Greene ( 1904-1991), dont le roman “Les Comédiens”(1966) a pour cadre Haïti, dans l’atmosphère oppressante du régime de François Duvalier :” L’influence des premières lectures est profonde. Grande est la part d’avenir qui repose dans les rayons d’une bibliothèque.” D’emblée, je pense à des centaines de milliers, voire des millions d’enfants haïtiens qui n’ont jamais eu accès à une bibliothèque. Je pense à ces chances, ces opportunités,ces horizons dont ils sont privés.

Dans un ouvrage collectif sur l’enseignement de la lecture, Ralph C. Staiger ( expert international attaché à l’UNESCO) et Claudia Casey écrivent :” La lecture est une source fondamentale d’instruction et de plaisir. Elle permet aux personnes capables de le pratiquer d’avoir accès au vaste et multiple trésor que constituent le savoir et l’expérience conservés sous forme écrite. Elle peut servir à de nombreuses fins.” Eh oui, la lecture peut servir à de nombreuses fins, ouvrir des voies inépuisables” aux personnes capables de la pratiquer”. Mais,qu’en est-il des personnes incapables de la pratiquer ? Il y en a beaucoup en Haïti : nous comptons un grand nombre d’analphabètes. Quel en est le pourcentage exact aujourd’hui ? À quand remonte la dernière enquête ? Pourtant il existe dans le gouvernement une fonction de Secrétaire d’État à l’alphabétisation. On entend parler son titulaire environ une fois chaque année. L’analphabétisme n’est pas près d’être résorbé. Mais il y a pire encore, à mon avis : ces nombreux élèves diplômés de l’enseignement secondaire qui sont purement ou simplement illétrés. Car dans notre système éducatif, où l’apprentissage par cœur est encore largement pratiqué, beaucoup d’enseignants, de responsables d’établissement et autres gestionnaires de l’éducation méconnaissent la nécessité et l’importance de la pratique de la lecture à tous les échelons du système. Le constat qui va suivre est consigné dans le rapport final du projet TOTAL ( TOut Timoun Ap Li), financé par l’USAID et exécuté en Haïti entre 2012 et 2014: ” La disponibilité des matériels de lecture dans les écoles à été jugée faible et seulement 15% des écoles ont déclaré avoir une bibliothèque.” Et quand on examine de près les dites bibliothèques,on se rend compte que, dans la grande majorité des cas, les locaux sont exigus et inconfortables, les collections indigentes et inappropriées, les personnels peu formés. Donc, dans la grande majorité des institutions scolaires en Haïti, on n’accorde pas une grande place aux livres et à la lecture. Alors que de nombreuses études ont prouvé, à travers le monde, que la lecture est la clé de la réussite scolaire. Dans un manuel sur l’enseignement de la lecture préparé à l’intention des enseignants par le ministère de l’Éducation du Cameroun, nous lisons :” C’est une évidence : le succès d’un enfant à l’école dépend largement de ses aptitudes en lecture. Or, dans notre pays, plusieurs évaluations aussi bien nationales qu’internatinales ont révélé les faibles performances des écoliers du primaire en lecture. Pour résorber cette tendance,les premières actions doivent être orientées vers les enseignants, principaux accompagnateurs des élèves dans leur entrée dans l’univers de la lecture.La maîtrise de la langue et particulièrement celle de la lecture ont toujours été là grande affaire de l’école. La lecture est la clé de la réussite scolaire.” Si les enseignants sont reconnus comme les principaux accompagnateurs des élèves dans leur parcours sur les chemins de la lecture, ils ne sont cependant pas les premiers. L’éveil à la lecture débute avant la fréquentation de l’école, avant même la naissance. Selon Maria Antonia Hazoury:” Si nous voulons promouvoir l’habitude de la lecture chez les enfants nous devons commencer dès leur âge le plus tendre. J’irai même jusqu’à dire que nous pouvons entamer ce processus dès la grossesse. Les chercheurs disent qu’entre le sixième et le septième mois de gestation le bébé apprend à distinguer les voix et les sons. Il s’agit donc d’une période idéale pour les parents pour lire et relire à haute voix. Ces lectures façonneront chez l’enfant l’amour pour les récits et, enfin, l’habitude de la lecture.” Apprendre à lire et à aimer lire est un long processus et un atout important dans la vie de chaque individu ; c’est même profitable à la nation. J. Vladimir Polanco soutient :” Ce n’est pas un hasard si les pays les plus développés du monde sont ceux dont les gens lisent le plus. (…). N’importe où dans le monde, celui qui lit aura des avantages sur celui qui ne lit pas.” Pour en finir avec l’analphabétisme et l’illettrisme dans notre pays,Bati lekòl toupatou,Mete liv nan lekòl yo.

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