Est-il possible de garder le silence?

par Bernadin LARRIEUX
189 Vues


Comment faire semblant que tout va bien?
Le devoir de s’exprimer s’impose comme unique possibilité d’être. Donc, je dois m’exprimer enfin ! 

La nouvelle de la disparition tragique de la journaliste senior de Radyo Quisqueya vient ajouter à mon compte un désespoir profond. Malgré moi, je me questionne sur les causes de sa mort ou sur les facteurs déclencheurs de sa mort ou encore sur l’origine de cette crise cardiaque dévastatrice. À mon sens, une corrélation est possible à tout observateur perspicace qui suit de près les émotions submergeant Liliane quand elle crachait son indignation contre les dirigeants haïtiens. 

Il n’est pas question, ici, d’évoquer le parcours titanesque de Liliane. Je n’ai pas non plus les compétences pour. Toutefois, je peux témoigner de ce que j’ai pu entendre de Liliane et de ses émissions de radio. Ce que je comprends enfin, elle était une passionnée de lecture. Sa manière de présenter les faits et de les commenter a démontré son enthousiasme combien  payant pour la lecture. 

Elle mobilisait généralement des références de gauche pour remettre en question certains faits de l’histoire ou pour diagnostiquer le présent d’Haiti. Liliane a été à une école passionnante. Son école a eu d’excellents professeurs. Ils ont transmis leur savoir à de brillants étudiants. 
Le sens de l’histoire de cette militante rejette toute forme d’amateurisme. Il est formateur et  heuristique. 

Critique farouche des gouvernements de droite, Liliane s’est démarquée de son savoir-faire et de son savoir être. Sa démarcation peut être critiquée sur certains angles considérant sa relation viscérale et ses différents pôles de l’opposition politique. Ceci n’empêche pas cela. Elle reste et demeure une icône de  la presse haïtienne. A dire vrai, la démocratie porte son nom. On pourrait même souligner qu’il devrait avoir une démocratie à la Liliane du fait qu’elle postule des règles contextuelles d’une idéologie non occidentale. Une démocratie en Haïti colorée ou imbibée de réalités locales. 

Liliane rêvait d’une Haïti prospère et digne de son histoire. Liliane présentait l’intérêt public avec passion. Elle faisait ses recherches et livrait une émission passionnante. Elle avait la maîtrise de ses sujets et savait qui inviter pour avoir une émission à la dimension des objectifs ciblés. Ces choix en grande partie étaient pour la plupart ideologico-politiques. Ce n’était pas pour autant un problème. Cette subjectivité restait objective dans le sens Weberien. Ce qui nous facilitait en grande partie l’interprétation des faits présentés aux émissions. 
Il faut ajouter à tout cela, que sa passion pour mieux saisir les faits donne l’impression qu’elle était aussi une invitée et une journaliste à sa propre émission. Elle a toujours sa thèse à développer durant l’émission. Parfois, elle créait les conditions pour l’imposer aux autres. Elle a de bonnes manières de la faire. Certaines de ses thèses sont nécessaires à la compréhension de la crise en Haïti. 
Toute la dynamique heuristique et critique caractérisant le levier mobilisateur de Liliane provenait de son histoire et de ses rapports au métier de journaliste. Liliane a été très touchée par la dictature en Haïti. D’où son sens critique à toute forme d’autoritarisme. Elle a pris ses distances avec les dérives de la démocratie. Elle nous a rappelé au quotidien la fragilité de la démocratie. Elle a même souligné le niveau de prudence qu’on devrait avoir pour outrepasser ce qu’arrive. Liliane a fait de la vie sa passion et son arme. 

Sa vie bien que triste sous certains aspects est néanmoins marquante. Elle a connu la prison. La prison a été un trauma qu’elle a surmonté avec courage. L’expérience de la prison a laissé sa trace. Cette trace peu importe sa source a aussi déterminé sa passion pour le combat démocratique.
La mort de Liliane m’indigne. Liliane ne devrait pas partir sans voir poindre à l’horizon les premières lueurs de la démocratie qu’elle ne cessait de traquer. Encore, sa mort m’indigne parce que la République n’a pas su l’apprécier à sa juste valeur. 
Sous le règne des bandits légaux, un vouyou, fait président a traîné dans la fange ou il’ patauge tous les jours, notre Lili national. Les mots combinés et déshonorants ont laissé de marbre la société. Au pays des bonnes affaires à faire, la dignité et le respect dû au patrimoine national sont souvent immolés sur l’autel des intérêts immédiats. Le président tout-puissant s’est réjoui de ses injures. Comme dirait le philosophe: « le grand avantage de l’imbécile sur l’homme d’esprit c’est qu’il est toujours content de lui ». Et Liliane a été rejetée dans un coin, son image grandement écornée.

Liliane, merci pour ton combat contre les abus! Merci pour ton combat pour le respect des droits de la personne humaine! Merci pour ton engagement inconditionnel pour le changement! Merci pour ton militantisme contre les fossoyeurs de la patrie! Merci d’avoir Liliane Pierre Paul la passionnée! Je ne pourrai jamais t’oublier. Puissent les citoyens conserver jalousement en eux les rêves de changements véritables qui t’ont habités jusqu’à la fin. Un fait est certain, on se souviendra de ton quotidien : nan Radyo Kiskeya, li fè 4trè. 

Bernadin Larrieux

Quitter un commentaire

* En utilisant ce formulaire, vous acceptez le stockage et le traitement de vos données par ce site Web.

Vous pourriez aussi aimer